13 décembre 2005

Etait ce une quille ou un glaçon, va savoir...

C’est définitif, les années 80 allaient bien mieux à la pouf que toute autre décennie, bien avant et depuis. Avec force brushing, couleurs fluos et silhouettes improbables, la pouf se faisait toujours plus clinquante alors. Non contente de travailler, la pouf gagnait aussi parfois les hautes sphères du pouvoir pour commencer à y exercer son influence de pouf (dont la plus belle expression serait, vingt plus tard, l’organisation de vernissages dans le hall principal de sa société). Sur les dance-floors de ce qu’on n’appelait déjà plus des disco mais des boites, la pouf avait tout loisir de se montrer ondulante sur des nappes de synthés et de vivre pleinement les paroles de chansons aussi folles que « Etienne » de Guesch Patty ou encore « Like a virgin »de Madonna. La pouf alors adorait affirmer ses penchants pervers d’un petit coup de rein suggestif alors que Guesch de sa voix rauque lui rappelait « tient la bien ». La pouf aussi se donnait avec bonheur des airs effarouchés sur le « touch for the very first time » de la toujours fraîche Louise Cicione, sachant bien que personne n’était dupe.

 

Parce que dans ces années là le DJ n’était pas encore devenu une star internationale, la pouf pouvait, comme elle le voulait, battre des cils et des mains pour lui demander son morceau favori, celui sur lequel elle finirait d’alpaguer son client. C’est d’ailleurs durant ces années là que la pouf connu vraiment la plus grande demande face à son offre : si les hommes n’avaient alors rien contre une femme légère, ils lui demandaient néanmoins d’être parfaitement présentable dans des occasions aussi variées qu’un dîner d’affaire au Crillon, une expo d’art contemporain dans un hangar désaffecté, une messe de la Toussaint dans les Vosges. Les hommes, à l’époque, ne demandaient pas vraiment à la pouf d’être une personne, ils la laissaient volontiers être une fille : commander juste une salade au Crillon, vomir à la sortie du hangar et pleurer à un enterrement. La pouf s’éclatait bien dans les années 80, parce qu’elles étaient parfaitement taillées pour ses sottes envies romantiques et son cynisme exacerbé.

 

Aujourd’hui, et malgré les efforts désespérés de Elle à chaque Collection, la pouf sait bien qu’il vaut mieux ne pas s’écarter de certains basics d’Isabelle Marant, même et surtout pour les accessoiriser vintage à mort. Aujourd’hui, la pouf ne travaille plus, elle sait qu’elle fait déjà carrière en démarrant un job d’hôtesse sur le Salon de l’Auto. Aujourd’hui, la pouf, la vraie, trouve les flows r’n’b déjà bien trop lascifs pour pouvoir s’amuser à en rajouter. Et malgré tout son talent, la pouf ne voit pas du tout, mais alors là pas du tout, comment elle pourrait donner un sens moins mièvre au « the world is mine » de David Guetta.

Aujourd’hui, il arrive à la pouf de ne plus danser, de ne pas exploiter son premier talent si bien poli par une petite centaine de séances privées avec Patrick Swaize dans Dirty Dancing. Parfois, même si c’est toujours rarement, la pouf reste là, près du bar mais pas contre, jouant du bout des doigts avec la paille de son whisky coca old school. Nostalgique, elle repense aux plus belles années d’Etienne Daho et se demande quel homme pourrait venir lui dire, au creux de l’oreille « et tu viens avec moi, faire l’avion ».

 

Anna 

Commentaires

Et dire que je n'ai pas connu ça...

Ecrit par : Anisée | 14 décembre 2005

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