07 novembre 2006
Parmi les Grands Mystères de la Vie.
Vendredi après-midi, presque l’heure du goûter. Le toujours sémillant collègue de bureau de la pouf, las, lance un innocent : « On irait pas se fumer une clope là ? Non parce que je le sens bien, je suis pas du tout au taquet sur mon lancement déterge… » La pouf, compatissante, de répondre à Pierre Yves « On se fait plutôt une petite virée à la boul si ça te dérange pas. J’ai une envie dingue de fraises Tagada ».
La boul, au coin de la rue, celle qui fait des minis minis viennoiseries, qui, ramenées au kilo sur les cuisses, ne sont pas si chères que ça en fait. Pierre Yves, magistral, touille avec dédain son chocolat chaud alors que la pouf est tout à son exercice favori en pareille occasion. Les deux mains bien à plat sur la table, penchée bien au dessus de la fraise Tagada, là voilà qui s’essaie à gober le petit bout de sucre sans le toucher des lèvres, à grand renfort de grimaces. « Quand je te regarde, je me demande quand même si tes clients ont bien conscience à quel point tu es tout à fait demeurée ? » souligne Pierre Yves. « ché pa ko ye soui deumeuhé, ché chuste ko ye soui parfoua dibil » enchaîne la pouf, une précieuse fraise enfin entre les dents. « Et sinon ? Tu suces aussi bien que tu gobes ? » « Pour le savoir, il faudrait que tu mettes de coté un instant tes préférences sexuelles pour me laisser essayer et te faire un avis. » Pierre Yves pouffe et la pouf rigole, l’ambiance est légère.
L’instant d’après, alors que Pierre Yves est au téléphone, la pouf pour s’occuper tente par tous les moyens de faire tenir une petite cuillère sur son nez le temps d’au moins un couplet du Tcha Tcha Tcha des Thons. Bien concentrée, la pouf poursuit dans la boulangerie qu’elle croit vide : « le roi des thons… avec sa régulière… frétillait gaiement ! frétillait gaiement ! en tête des thons… qui remontaient la rivière, allant directement vers Val d’Isère ! ». Et Pierre Yves, de se figer. « Anna, euh… Anna, là, comment te dire… »
Comment le dire en effet ! Parfois, Pierre Yves sait trouver les mots. Juste derrière la pouf, elle le voit bien dans le miroir en face d’elle, maintenant qu’elle a fait tomber sa cuillère, il y a un homme. Installé à une table, hilare, sa petite cuillère pour battre la mesure, il enchaîne : « Tcha Tcha Tcha des Thons… Avec un T comme crocodile… » Si Pierre Yves esquisse un sourire poli, il est tout à fait clair qu’il ne parvient pas à cacher un embarras certain. D’un seul mouvement il attrape le manteau de la pouf, le sac de la pouf et la pousse dehors tout d’un coup . « Quand je pense que ton brushing coûte une fesse, que tu assortis ton sac Lancel à tes escarpins, que tu travailles le même naturel qu’Eva Longoria sur un tapis rouge… Et tout ça pour finalement te retrouver dans ce genre de situation, ça ma tue !… »
De retour au bureau et à une atmosphère studieuse, la pouf et Pierre Yves se marrent encore :
Quand je pense que je suis tombée sur le seul mec de tout l’arrondissement qui devait connaître le Tcha Tcha Tcha des Thons…
Quand je pense qu’il portait un manteau Hugo Boss chamois assorti à ses Weston et qu’en plus il connaissait le Tcha Tcha Tcha des Thons… rajoute Pierre Yves
Il y a des mystères comme ça…
Anna.
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13 janvier 2006
Comment la « bonne » musique vient à la pouf…
A voir la pouf ravie, battant des mains et tout sourire, à l’écoute des Divas du Dancing (un de ses succès incontournables des années 80 qui aura été la seule et unique gloire d’un certain Philippe Cataldo) on a forcément du mal à s’expliquer par ailleurs certains morceaux choisis de son Ipod : le très pointu Youth Oriented d’Happy Apple, un léger et doux Baby Bird des Wallflowers, une belle sélection de Radiohead, les « standards », d’Otis Reding aux Stones, du Mozart comme il se doit, du Pharel Williams comme il faut…
On sait la pouf exigeante, capricieuse même : sur le temps imparti au packshot de la marque, la taille légitime d’un logo, la température du champagne, sa provenance, son année, oui mais je le préfère rosé… On sait la pouf exigeante sur beaucoup de choses sauf peut être la musique. Dans ce domaine, rien à faire, la pouf s’obstine à appliquer les même méthodes qu’elle utilise pour s’habiller, s’amuser, s’assumer à savoir beaucoup de légèreté, un peu d’absurdité et le second degré. Autant de choses qui, il faut bien le reconnaître, ne réussissent pas à la musique car, comme on l’a dit un jour à la pouf « quand la musique est belle, elle est souvent grave et triste ».
Non, en fait, s’il arrive à la pouf d’écouter de la « bonne » musique, c’est comme souvent, c’est par accident. C’est à Deauville que la pouf a découvert Happy Apple en s’effondrant à 4 heures du matin sur le piano à queue du joli pianiste du Normandy, alors qu’elle tentait de rejouer Suzy et les Baker Boys. C’est en fêtant le Beaujolais nouveau qu’elle découvrit les Wallflowers qui se posent là quand il faut réveiller en douceur une jeune femme plongée dans un coma profond. C’est en se plantant de petite annonce pour une collocation qu’elle découvrit que Radiohead pouvait être tout aussi émouvant que déprimant. La pouf se rappelle avoir dansé en petite tenue au petit matin sur Otis Reding et avoir adoré ça, comme ses voisins d’en face. La pouf se souvient de sa période Harley, pantalon de cuir, ceinturon et tatoo au son de Mick Jagger…
Aujourd’hui la pouf découvre, c’est honteux, Jeff Buckley dans son live à L’Olympia et récupère comme elle peut tous les Stabat Mater qui se sont un jour murmurés dans les alcôves d’église. Sereine, elle sait qu’il lui reste 3,5 Go de disponible sur son Ipod, autant qu’il faut de place à tout un tas d’accidents.
Anna.
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